MÉSOLITHIQUE

MÉSOLITHIQUE
MÉSOLITHIQUE

Lorsque John Lubbock créa en 1865 les termes Paléolithique (pierre ancienne) et Néolithique (pierre nouvelle) pour désigner les principales étapes de la préhistoire de l’humanité, il semblait qu’un abîme séparait l’âge du renne de celui de la pierre polie. À partir de 1870, E. Cartailhac et plusieurs autres savants défendirent opiniâtrement la théorie d’un «hiatus» dans l’occupation de l’Europe entre ces deux périodes; cette interruption se manifestait clairement, croyait-on, par une discontinuité dans l’évolution des hommes et des techniques: remplacement d’un type humain dolichocéphale, chasseur de rennes, par un autre, brachycéphale, pasteur et agriculteur, connaissant la céramique et le polissage de la pierre. Les vestiges abandonnés par ces populations si différentes étaient séparés par le «Diluvium rouge» ou par d’épais planchers stalagmitiques, dépôts d’un cataclysme dans lequel certains continuaient à voir le Déluge. Mais, en 1883, dans son ouvrage Le Préhistorique , G. de Mortillet, écrivait: «Cet hiatus n’est pas réel, il n’existe que dans le résultat de nos études et nos recherches actuelles.» En effet, cette lacune sera comblée, dans son tableau de l’évolution des industries préhistoriques, par l’adoption du Campignien, créé par P. Salmon en 1891, puis par la création du Tourassien (= Azilien) en 1894 et enfin par celle du Tardenoisien en 1897; ces industries seront ensuite rassemblées pour former la période mésolithique.

En 1909, J. de Morgan donna au terme Mésolithique le contenu admis aujourd’hui par la plupart des préhistoriens, en y regroupant les industries placées entre le Magdalénien, dernière culture du Paléolithique supérieur, et le Néolithique. En 1931, G. Goury distingua dans le Mésolithique une phase ancienne, l’Épipaléolithique (comportant l’Azilien et le Sauveterrien), et une phase récente, le Prénéolithique (le Tardenoisien). J.-G. Rozoy rejette le terme Mésolithique, qui impliquerait l’idée de transition entre l’économie des chasseurs et celle des agriculteurs, c’est-à-dire une orientation vers la production des aliments; cela ne correspond pas, selon lui, aux données archéologiques; cependant, les caractères de l’outillage nécessitent l’emploi d’un terme soulignant la continuité avec le Paléolithique; aussi cet auteur préfère-t-il utiliser le terme Épipaléolithique.

En Europe centrale et méridionale, il n’existe pas, à proprement parler, de Mésolithique; en effet, la transition est insensible entre les cultures de la fin de la dernière glaciation et celles du Postglaciaire, nommées cultures du Tardigravettien et de l’Épitardigravettien.

1. Les grands groupes culturels du Mésolithique européen

Le Mésolithique européen a été divisé par S. K. Koz face="EU Caron" ゥowski en trois grandes entités, les techno-complexes nord-oriental, septentrional et occidental. Le premier de ces ensembles se serait développé à partir du Paléolithique sibérien (culture d’Angara), le deuxième serait issu de divers faciès de l’Ahrensbourgien (Paléolithique final) de l’Europe moyenne et du Nord-Ouest, et le troisième proviendrait du Paléolithique final des côtes occidentales de la Méditerranée.

Le complexe nord-oriental comprend les cultures du Niemen, de la Volga-Oka, de Kunda, de Kama et de Yangelka; il couvre un territoire qui s’étend du nord-ouest de la Pologne à l’Oural et du nord de l’Ukraine à la mer de Barents. Le complexe septentrional englobe les cultures du Maglemosien, celle de Duvensee, les cultures de Kongemose, d’Ertebølle et de Janislawice. Il couvre l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, le sud de la Suède, le nord de l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie et la Biélorussie. Le complexe occidental , comprenant les cultures du Sauveterrien, du Tardenoisien et du Castelnovien, couvre la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le sud de l’Allemagne, une partie de la République tchèque et de la Slovaquie, la Suisse et la France, l’Espagne et le Portugal.

En dehors de la sphère du Mésolithique gravitent, en Europe centrale et méridionale, les cultures de l’Épitardigravettien, datées du VIe et du début du Ve millénaire.

2. Changements climatiques et transformation des territoires

Le Mésolithique, pris dans son sens le plus large, c’est-à-dire en y incluant les cultures les plus proches du Paléolithique final (Azilien, Valorguien, etc.), commence dans la phase froide du Dryas II (– 10200/– 9800) et se développe au cours de l’interstade d’Alleröd (– 9800/– 9000) qui, à la fin de la dernière glaciation, annonce le réchauffement de l’Holocène; ce dernier est interrompu par un ultime et sévère coup de froid, le Dryas III, entre – 9000 et – 8000.

L’analyse de sédiments du fond de l’Atlantique, celle des isotopes de l’oxygène et l’étude de la composition des populations d’insectes fossiles en Grande-Bretagne permettent de chiffrer les variations de température au Tardiglaciaire et au début du Postglaciaire: ainsi, entre – 11500 et – 9500, les températures de surface de l’océan se sont élevées, en été, de 6,6 0C à 14 0C et, en hiver, de 0,9 0C à 9 0C, le front polaire reculant alors sur 1 700 kilomètres, du golfe de Gascogne au sud-ouest du Groenland. Mais, au Dryas III, ces températures chutèrent jusqu’à 7,4 0C en été et 1,8 0C en hiver, tandis que le front polaire progressait de 800 kilomètres vers le sud. Après – 8000, les températures s’élevèrent de nouveau rapidement: dans l’Atlantique nord, les moyennes de surface atteignirent 15,4 0C en été et 10,1 0C en hiver; en cinq cents ans, le front polaire recula jusqu’au sud-ouest du Groenland; ce réchauffement continua ainsi jusque vers – 4000. En Grande-Bretagne, l’étude des insectes montre que les moyennes d’été actuelles furent atteintes vers – 7500, après avoir progressé de 7 0C en cinq cents ans.

Ces changements climatiques ont eu d’importantes répercussions sur la répartition des territoires habitables, certains disparaissant sous les eaux, d’autres s’ouvrant à la colonisation. C’est ainsi que, pendant le Mésolithique, entre l’Angleterre et le continent, environ 120 000 kilomètres carrés de terres furent submergés: l’Irlande fut isolée vers – 7500 et l’insularité de la Grande-Bretagne commença vers – 6300; il en fut de même, dans de moindres proportions, le long des côtes de l’océan et des mers intérieures. En revanche, entre – 7500 et – 6000, la fonte des glaciers, libérant 1 400 000 kilomètres carrés de terres, permit la colonisation totale de la Grande-Bretagne, de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, de la péninsule de Kola; les hautes vallées des Pyrénées et des Alpes purent alors être occupées.

Les cultures du Mésolithique, issues de celles du Paléolithique final accoutumées à un environnement végétal constitué surtout de graminées et de cichoriées, se sont adaptées à un milieu tempéré: forêt claire de bouleaux et de pins vers – 8000, puis forêt plus dense de pins et de noisetiers vers – 7000, enfin chênaie mixte dense (chêne, tilleul, orme et frêne) vers – 5000.

3. L’équipement des Mésolithiques

Les habitations mésolithiques, très légères, ont laissé peu de traces; elles sont de forme rectangulaire ou ovale et leur surface est comprise entre 10 et 25 mètres carrés; elles comportent rarement des trous de poteaux (Muge, Portugal) et exceptionnellement des plates-formes de planches et d’écorces de bouleau (Duvensee, Allemagne); le foyer, souvent diffus, est parfois bordé de dalles (Téviec), ou empli de pierres destinées à la cuisson indirecte des aliments.

Une des caractéristiques des industries lithiques du Mésolithique est la présence d’armatures pointues, en général de petites dimensions, qualifiées pour cette raison de «microlithiques». Parfois minuscules (moins de 1 cm de grand axe), souvent de formes géométriques (segment de cercle, triangle, trapèze), ces objets armaient la pointe des flèches, où étaient fixés sur leur hampe en guise de barbelures. Leur multiplication au Mésolithique semble consacrer l’arc comme principale arme de chasse, probablement au détriment du propulseur, qui semble avoir été l’engin le plus couramment employé au Paléolithique final. Les arcs et flèches en bois de pin, les plus anciens conservés en milieu humide, sont datés du Dryas III (vers – 8000); ils ont été découverts dans l’Ahrensbourgien de Stellmoor, près de Hambourg en Allemagne. Les flèches de Loshult (Suède; vers – 7300), également en pin, portent encore, fixées par de la résine, des armatures microlithiques, géométriques ou non; d’autres flèches du Mésolithique scandinave (Vinkel, Holmegaard) sont creusées de rainures destinées à recevoir ces armatures. Le Mésolithique des rives de la Baltique et du nord-est de l’Europe a fourni des arcs de types divers: ils appartiennent à la culture Kunda, dans le gisement russe de Vis I, dans la région du lac Sindor (entre – 7000 et – 5000) où ont été découverts des arcs en résineux à courbure unique (2,50 m de haut) et à trois courbures, de forme réflexe (2,10 m); dans le Maglemosien d’Holmegaard (Danemark; vers – 6500), ils sont en orme, de forme simple à poignée dégagée, hauts de 1,50 m; dans la culture d’Ertebølle du Danemark, ils ont la même dimension et sont en frêne à Brabrand (3500 avant notre ère) et en orme de Tybrind Vig (île de Funen; – 4500/– 3300). Des objets arqués en bois, plus petits, découverts à Vis I, ont été interprétés comme des archets destinés à animer d’un mouvement alternatif, grâce à une courroie, un bâton à feu ou un porte-foret.

Au Mésolithique, les techniques de débitage du silex varient beaucoup dans l’espace et dans le temps; les cultures du cercle nord-oriental conservent, au cours de leur évolution, une production de lames très régulières. Les cultures du Maglemosien scandinave (– 7500/– 5600) produisent un débitage de petites lames, irrégulières dans les stades initiaux, devenant plus minces dans les stades finals; dans les cultures de Kongemose et d’Ertebølle qui lui font suite, les lames sont grandes et régulières. En Grande-Bretagne, le Mésolithique ancien est désigné par la morphologie de son débitage, ou Broad Blade Industry, aux lames relativement larges (8/12 mm); la Narrow Blade Industry qui lui succède, vers – 6800, est caractérisée par des lamelles et perdure jusqu’au IIIe millénaire en Écosse. En France, au Mésolithique ancien, les techniques de débitage sont très diverses selon les régions. Dans le Sud-Ouest, vers – 9000, elles peuvent être encore très proches de celles du Magdalénien et produire des lames grandes et régulières, alors que dans les Pyrénées les Aziliens écrasent le silex plus qu’ils ne le taillent; dans le Sud-Est, le débitage irrégulier des Montadiens, produisant en majorité des éclats, a été qualifié naguère de «moustéroïde». Les cultures du Mésolithique moyen (Sauveterrien, Montclusien) produisent des lamelles relativement irrégulières mais, au Mésolithique final, un peu partout en Europe occidentale, se développe un débitage de lames régulières, désigné par J.-G. Rozoy en 1968 comme «style Montbani», du nom du gisement type du Tardenoisien récent (Mont-Notre-Dame, Aisne); ce sont de petites lames aux bords et arêtes parallèles, souvent à trois pans, minces et au profil légèrement arqué.

La fragmentation des lamelles par la technique du microburin est fréquente dans les industries du Mésolithique européen; elle permet d’obtenir, à partir d’une encoche, une fracturation en biseau très acéré (piquant trièdre) qu’il est facile ensuite d’accommoder en pointe. Sporadique et probablement accidentelle au Paléolithique supérieur, cette technique est connue des premiers Maglemosiens, vers – 7500; elle est rare sinon absente des cultures du Mésolithique ancien français; en revanche, elle existe dans les cultures du Tardigravettien méditerranéennes; elle se répand presque partout en Europe au Mésoli

thique moyen et s’éteint ou se raréfie au Mésolithique final, où elle disparaît de la culture d’Ertebølle, par exemple.

À côté de l’outillage microlithique se développe, dans certaines cultures, un outillage plus lourd: galets taillés, gros outils bifaciaux tranchants, haches ou herminettes, tranchets. L’équipement lithique mésolithique comporte également des plaquettes lissées, des pierres à rainures, des lampes, des meules et des molettes. Les cultures qui occupent un territoire où de gros galets fluviatiles ou marins sont disponibles, les ont transformés en outils: les Mugiens du Portugal, les Mésolithiques bretons de Téviec et d’Hoëdic, les Montclusiens de la Baume de Montclus (Gard); dans cet abri, il y a également des galets portant des plages d’usure; ces derniers, identiques à ceux qu’Édouard Piette avait notés dans l’Arisien du Mas-d’Azil, faisaient partie de l’équipement des Montadiens de l’abri Cornille (Bouches-du-Rhône) et de celui des Aziliens de la Tourasse (Haute-Garonne); dans ce gisement, ces outils disparaissent des niveaux du Sauveterrien et du Mésolithique final, qui ne conservent que les galets taillés. Les Asturiens du nord de l’Espagne (– 7300/– 4800) ont également utilisé des galets taillés sur une face ou sur les deux faces; mais l’élément le plus caractéristique de leur outillage est le «pic asturien», façonné sur un galet de quartzite assez plat, débité unifacialement sur les trois quarts de son pourtour de façon à dégager une pointe plus ou moins allongée à bords droits ou concaves et de section triédrique vers son extrémité.

Dans la région parisienne, une industrie macrolithique, le Montmorencien, confectionnée en grès lustré, peut être vraisemblablement attribuée au Mésolithique; de gros outils prismatiques allongés constituent environ 75 p. 100 de son outillage.

Les haches ou herminettes en pierre font leur apparition en Europe au Paléolithique supérieur, probablement dans la culture swidérienne. Partout présentes dans le Mésolithique ancien des bords de la Baltique, elles existent en Grande-Bretagne à Star Carr (Yorkshire, – 7600) et dans les sites les plus anciens de la culture maglemosienne, où elles sont taillées dans le silex ou les «roches vertes»; elles sont parfois piquetées ou émeulées. Identiques, en types et en proportions, dans la culture de Kongemose (– 5600/– 5000), elles sont peu à peu remplacées dans la culture d’Ertebølle par des tranchets à débitage unifacial, puis bifacial.

Dans la moitié sud de l’Europe, l’industrie osseuse du Mésolithique est pauvre, comparée à ce qu’elle était au Paléolithique supérieur; les cultures nordiques, cependant, conservent un outillage de l’os et du bois de cervidé abondant et varié. En Espagne cantabrique et dans les Pyrénées, les gisements de l’Azilien ont livré de nombreux harpons plats en bois de cerf, à perforation ronde ou en boutonnière. En Allemagne du Sud, en Suisse et dans le nord de l’Italie, ces harpons, absents des cultures de la période boréale, font leur apparition dans un Mésolithique tardif des environs de – 5300; dans les Pyrénées, ils perdurent à la Tourasse jusqu’à cette date.

L’outillage en os des gisements bretons du Mésolithique final de Téviec et Hoëdic comprend des andouillers de cerf aménagés en gros outils, des manches d’outils en bois de cerf, des pointes en os et en défense de sanglier, des lissoirs; des stylets, taillés dans un péroné de sanglier ou de chien, ou dans un os de cerf, étaient associés aux sépultures.

L’industrie osseuse du gisement de Star Carr comporte quelques pointes, poinçons, pioches et outils à corroyer en os et en bois d’élan; mais elle est dominée par le travail du bois de cerf: cent six andouillers ont été découverts dans lesquels ont été confectionnées cent-vingt-sept pointes barbelées.

Le riche outillage osseux du Maglemosien comprend des herminettes et des harpons en bois de cerf à barbelures larges et espacées, des pointes barbelées en os, des pointes en os armées de lamelles de silex encastrées dans une rainure; ces dernières se retrouvent dans la culture de Kongemose, ainsi que des poignards et des haches en bois de cerf. À l’Ertebølle, il y a des harpons en bois de cerf ou en os de cétacé, des peignes et de gaines de haches décorées. L’industrie osseuse de la culture russe de Niemen comporte des harpons à un seul rang de barbelures peu dégagées et des sagaies à rainure garnie de silex.

Les données les plus complètes sur l’équipement mésolithique proviennent des gisements situés en milieu humide où les objets de bois, d’écorce et de fibre ont été bien conservés; les cultures nordiques sont, à cet égard, largement favorisées; c’est ainsi que l’on connaît plus de deux cents objets en bois du gisement de Vis I: arcs, flèches, skis, patins de traîneau, rames, fragments de filet, récipients d’écorce, etc. Il en est de même pour le site de Tybrind Vig, de la culture d’Ertebølle, le plus riche du Danemark en objets d’origine végétale, où ont également été découverts des fragments de textile et de cordes.

4. La chasse au Mésolithique

Les artistes du Paléolithique final, vaillants chasseurs de gros gibier, ont souvent été opposés à leurs successeurs mésolithiques, peu soucieux d’esthétique, mangeurs de lapins et d’escargots. En réalité, dans une grande partie de l’Europe, on assiste au remplacement du renne, qui constituait un gibier abondant, mais relativement léger, par de gros animaux comme le cheval, l’aurochs, l’élan et surtout le cerf. L’abri de Duruthy (Pyrénées-Atlantiques), daté du Dryas II (vers 10000 av. J.-C.), donne un exemple de cette substitution; le renne y domine à la base de la couche azilienne, où il représente 47 p. 100 de la faune alors que le cerf ne compte que pour 26 p. 100; dans la partie supérieure de la couche, la proportion s’inverse (cerf 60 p. 100, renne 13 p. 100) et s’y ajoutent le bœuf, le cheval, le sanglier, le chevreuil et le bouquetin.

Nombreux sont les gisements mésolithiques où se sont accumulés les restes des petits animaux consommés: poissons, lapins, mollusques; cependant, ces petites proies sont toujours associées à la grande faune, qui constituait la part la plus importante de l’alimentation. Les Mésolithiques, et particulièrement ceux de la fin de cette période, manifestent un opportunisme beaucoup plus marqué que leurs ancêtres du Paléolithique supérieur; l’augmentation du nombre d’espèces animales chassées exprime une exploitation plus intensive des biotopes, qui s’étend également, semble-t-il, aux ressources végétales.

Dans le midi de la France, au Valorguien, daté du Xe au IXe millénaire, dans le Gard et les Bouches-du-Rhône, le gibier le plus abondant est le lapin; mais il y a également de grands bovidés, des cerfs, de petits chevaux, des sangliers et des lynx. Il en est de même dans le Montadien ancien de l’abri Cornille (Istres) et dans le Castelnovien de Châteauneuf-lès-Martigues (Bouches-du-Rhône); dans cet abri, la domestication du chien ne semble pas faire de doute; le mouton n’y apparaît qu’au Néolithique ancien.

Dans les Pyrénées françaises, les couches aziliennes de l’abri de Rhodes II (Arignac, Ariège), situé à 1 520 mètres d’altitude, datées de – 10300, contiennent une faune forestière et montagnarde: bouquetin, cerf,

sanglier, chevreuil; le cerf est remplacé par le sanglier dans les niveaux les plus récents. À la Tourasse (Saint-Martory, Haute-Garonne), le gibier varie peu au cours du Mésolithique, entre l’Azilien de l’Alleröd (– 9500) et un Mésolithique récent des environs de – 5000: principalement le cerf, un grand bovidé, le cheval et un asinien; ces derniers sont remplacés par le sanglier dans les couches du Mésolithique final. Au Poeymaü (Arudy, Basses-Pyrénées), entre – 8000 et – 6300, les Sauveterriens ont chassé le cerf, le chevreuil, le bouquetin des Pyrénées, le chamois et l’ours.

Dans les niveaux mésolithiques de la grotte de Rochedane (Villars-sous-Dampjoux, Doubs), le cerf est très abondant, à côté de l’aurochs, du sanglier, de carnassiers variés et de quelques ovicapridés. Les dix-sept espèces d’oiseaux capturés comptent des habitants de forêt froide, parmi lesquels le lagopède (Lagopus ), le tétras-lyre (Lyrurus tetrix ) et la chouette de Tergmal (Aegolius funereus ). À Birsmatten (canton de Berne, Suisse), pendant tout le Mésolithique (du Préboréal à l’Atlantique), le sanglier et le cerf représentent plus des trois quarts du gibier, le dernier quart étant constitué de bovidés, chevreuil, castor et petits carnivores; dix-sept espèces d’oiseaux ont été chassées, dont onze au Mésolithique final.

Les amas coquilliers contiennent toujours les restes de nourritures plus substantielles; en Bretagne, ceux du Mésolithique récent de Téviec et d’Hoëdic (– 4600) ont livré dix-neuf espèces d’oiseaux, dont le petit et le grand pingouin (Alca torda et Alca impennis ), ainsi que le sanglier, le cerf, le chevreuil, des ovicapridés, un bovidé et le chien; les cétacés sont présents dans les deux gisements. Les Asturiens malacophages tiraient la majeure partie de leurs ressources en protéines du cerf, du bœuf, du chevreuil et du bouquetin, tout comme les Mugiens de Moita do Sebastião, au Portugal dans la basse vallée du Tage, qui capturaient des poissons, des oiseaux dont un cygne (Cygnus olor ) et des grands mammifères dont le cerf et le sanglier, de gros bovidés et le chevreuil.

En Angleterre et dans les pays nordiques, la faune consommée se diversifie également au cours du Mésolithique, c’est ainsi qu’à Star Carr les gros animaux dominent: aurochs, cerf, élan, chevreuil et sanglier, ce dernier en petit nombre; les oiseaux sont rares et les poissons absents, bien que le gisement soit situé en bordure d’un lac.

Les Maglemosiens ont capturé cinquante-huit espèces animales: la tortue, sept espèces de poissons d’eau douce, trente espèces d’oiseaux, surtout du bord de l’eau et vingt espèces mammifères; l’élan, l’aurochs et le cerf dominent au cours des stades anciens; le chevreuil et le sanglier s’y ajoutent dans les stades moyens et récents; le chien, dont deux races sont connues, est présent dans de nombreux gisements. Au Danemark, la composition de la faune chassée au Kongemosien, reflète la localisation côtière de la plupart des sites connus. Aux espèces forestières: cerf, chevreuil, sanglier, peut-être traqués à l’aide du chien, s’ajoutent des mammifères marins (deux espèces de phoques et le marsouin) et des oiseaux (douze espèces dont six du bord de mer). La culture d’Ertebølle est marquée par des contacts avec les Néolithiques; la faune chassée et pêchée comprend alors quatre-vingt-six espèces, c’est-à-dire vingt-huit de plus qu’au Maglemosien; cependant, le cerf et le sanglier restent dominants.

5. La pêche, la récolte des mollusques et la cueillette des végétaux

La remontée du niveau des océans, à la fin de la dernière glaciation, nous prive de la majeure partie des informations sur l’importance des ressources de la mer dans l’alimentation des hommes du Paléolithique supérieur. Les poissons trouvés dans les sites continentaux de cette époque ont probablement été capturés depuis les rives à l’aide d’un harpon, ou tout simplement à la main, le long des berges et dans les bras morts après les crues; l’existence de moyens de se déplacer sur l’eau, éventuellement pour chercher de la faune aquatique, reste hypothétique. En revanche, la navigation mésolithique ne fait pas de doute: au IXe millénaire, les habitants de Grèce continentale allaient chercher de l’obsidienne dans l’île de Milo (Mèlos) pour fabriquer des outils; des bateaux ont permis le peuplement de la Corse et de la Crète avant le VIIe millénaire. Quelques gisements mésolithiques ont conservé en milieu humide des bateaux et des pagaies; le document le plus ancien provient de Star Carr; il s’agit d’une pagaie en bouleau, munie d’une pelle étroite, longue d’une trentaine de centimètres. D’autres pagaies proviennent de Duvensee (Schleswig-Holstein, Allemagne) et de Tybrind Vig ; dans ce gisement danois de la fin de l’Ertebøllien, deux pirogues ont été mises au jour; la plus grande, longue de 9,50 m, large de 0,65 m, est très mince; elle a été creusée à l’herminette dans un tilleul et date des environs de – 3300; une pirogue plus robuste, longue de 3 mètres, large de 0,45 m, découverte aux Pays-Bas, à Pesse (province de Drenthe), a été datée de 6500 avant J.-C.; elle a été confectionnée en évidant le tronc d’un pin par brûlage et grattage. À Noyen (Seine-et-Marne), une pirogue datée de – 5600 a été découverte dans un ancien bras de la Seine, d’où proviennent également des objets en vannerie et des nasses.

Avec les premiers hameçons en os du Maglemosien apparaît la technique de la pêche à la ligne; sept espèces de poissons d’eau douce sont alors capturées, à l’aide de ce nouveau procédé ou grâce aux engins traditionnels – sagaies et foènes armées de pointes barbelées en os: le brochet (Esox lucius ), la tanche (Tinca tinca ), le gardon (Rutilus rutilus ), la brème (Abramis brama ), le silure (Silurus glanis ), l’anguille (Anguilla anguilla ) et la perche (Perca fluviatilis ). Le gisement russe de Vis I a livré un fragment de filet dont la maille est large de 5 centimètres, et qui a pu être utilisé pour la pêche aussi bien que pour la chasse.

La culture de Kongemose montre les débuts de l’exploitation du domaine piscicole marin en Scandinavie: les poissons plats (Pleuronectes sp.) ont pu être harponnés au bord de la plage, mais la morue (Gadus morrhua ), le colin (Gadus virens ) et l’aiguillat (Squalus acanthias ) ont été pris dans de l’eau plus profonde, probablement à l’aide de lignes, peut-être à partir d’un bateau.

Pendant la culture d’Ertebølle, si le nombre des espèces animales consommées s’accroît, c’est surtout par l’élargissement du spectre de prédation des animaux aquatiques: poissons, oiseaux du bord de l’eau et mammifères marins; l’analyse des isotopes du carbone d’ossements humains montre que les animaux marins constituaient alors une part importante du régime alimentaire de l’homme. Le gisement subaquatique de Tybrind Vig a livré des nasses et des hameçons en os, dont un encore fixé à la base d’une ligne. La faune comporte de nombreux os de phoque, de marsouin, de petite morue, d’aiguillat; dans d’autres sites de l’Ertebølle, les restes de roussette (Scyliorhinus canicula ), de colin (Pollachius virens ), d’églefin (Melanogrammus aeglefinus ) et d’orphie (Belone belone ) témoignent de la maîtrise de la navigation dans les eaux côtières et sans doute un peu plus au large.

Les Asturiens consommaient des soles et d’autres poissons osseux. Les amas coquilliers du Mugien de Moita do Sebastião, au Portugal dans la basse vallée du Tage, datés

de – 5400, contiennent également des poissons dont la dorade (Sparus aurata ), des raies (Myliobatis et Rhinoptera ), ainsi que des Téléostéens. À l’amas coquillier de Téviec (4600 av. J.-C.) se mêlent des seiches (Sepia officinalis ), des crustacés et de nombreux restes de poissons (Labridés).

Les rares gisements continentaux où les ossements sont conservés montrent que les eaux douces ont également assuré une part non négligeable des ressources alimentaires pendant le Mésolithique; c’est ainsi que les occupants de la grotte de Rochedane (Villars-sous-Dampjoux, Doubs), entre – 9100 et – 5000, ont pêché des truites (Salmo trutta fario ), des ombres (Thymallus thymallus ), des gardons (Rutila rutila ) et des lottes (Lota lota ). À Birsmatten (près de Berne, Suisse), les restes de grenouilles et de poissons sont plus nombreux dans les couches du Mésolithique final. Dans la Baume de Montclus (Gard), située à proximité de la Cèze, dans les couches du Montclusien, entre – 6200 et – 5600, des foyers contenant de grandes quantités de charbon de chêne ont été interprétés comme des dispositifs pour fumer le poisson, dont les restes sont particulièrement abondants.

Les ossements de poissons sont des vestiges fragiles et souvent discrets: ils ont pu, autrefois, échapper à l’attention des fouilleurs; en revanche, la consommation des mollusques, qu’ils soient marins ou terrestres, se manifeste par l’accumulation d’impressionnants amas de coquilles; en bordure des rivages, ils sont hauts de plus d’un mètre et longs parfois de plusieurs centaines de mètres (ils sont nommés Kjökkenmöding, Kitchenmidden, conchero, concheiro); dans les grottes et abris-sous-roche, ils se présentent sous la forme de couches lenticulaires souvent cendreuses pouvant atteindre plus d’un mètre d’épaisseur et dix mètres de longueur (couche à escargots, escargotière, conchero). Ces amas coquilliers, rares au Paléolithique final, se multiplient au Mésolithique; mais, sur le littoral, la remontée eustatique postglaciaire les a le plus souvent submergés. Leur aspect spectaculaire ne doit pas dissimuler le fait que la récolte des mollusques ne constituait qu’un appoint dans l’alimentation; en effet, il a été calculé que 50 000 huîtres ne représentent que l’équivalent calorique d’une carcasse de cerf.

Des amas coquilliers terrestres ont été accumulés dans de nombreux gisements mésolithiques, entre autres dans l’Azilien de l’abri Dufaure Sordes-l’Abbaye (Landes), qui contient également le renne, dans l’Arisien du Mas-d’Azil (Ariège), entre l’Azilien et le Néolithique, dans le Sauveterrien du Poeymaü (Arudy, Pyrénées-Atlantique) et de la Tourasse (Saint-Martory, HauteGaronne).

Dans certaines escargotières, les mollusques terrestres se mêlent aux mollusques marins: c’est le cas des gisements de l’Asturien du nord de l’Espagne, presque tous sous abri, dans lesquels Patella sp. et Trochocochlea crassa dominent largement, accompagnés parfois par le mollusque terrestre Cepaea nemoralis . Il en est de même dans les amas coquilliers du Mugien de Moita do Sebastião, au Portugal dans la basse vallée du Tage, constitués de mollusques d’eau saumâtre (Cerastoderma edule , Scrobicularia plana ), fluviatiles (Neritina fluviatilis ) et terrestres (Theba pisana , Cornuella virgata , Cochlicella acuta et Helicella apicina ), ainsi qu’en Bretagne, dans ceux de Téviec et d’Hoëdic, où ont été collectés Patella vulgata , Ostrea edulis , Gryphaea angulata , Mytilus edulis , Cardium edule , Littorina littorea , Trochus , Purpura lapilus , Murex et Cepaea nemoralis .

Au Danemark, le ramassage des mollusques ne devient vraiment intensif que dans la station de Brovst (nord-ouest du Jutland), datée du stade de Vedbaek Boldbaner (– 5000/– 4300); les amas coquilliers sont une des caractéristiques de la culture d’Ertebølle, au cours de laquelle ils se multiplient dans la région de Limfjord et le long de la côte est du Jutland.

C’est au cours du Mésolithique que se manifestent les premières actions violentes sur le monde végétal; en effet, dans de nombreuses analyses polliniques de sédiments de cette période, des déficits dans les proportions de pollens d’arbres sont interprétés comme la conséquence de défrichements de la forêt; la création de clairières peut avoir eu pour but de développer des pâtures où il était facile de guetter le gros gibier, ou bien de favoriser la croissance de fourrage pour le gibier (par exemple le lierre) ou de végétaux destinés à l’alimentation des hommes.

La consommation des plantes n’a pas laissé de trace sur les sols d’habitat du Paléolithique supérieur; au Mésolithique, il semble que, sans être générale, la cueillette des fruits, des baies et des graines ait été une pratique assez courante; leurs vestiges sont parfois découverts carbonisés: coquilles de noisettes surtout, plus rarement de noix, noyaux de cerise, pépins de poire et de raisin, glands. Dans le gisement anglais de Star Carr, daté des environs de – 7600, il y a quatorze plantes potentiellement comestibles, dont le rhizome de nénuphar blanc, les feuilles d’épilobe, de renouée et d’aubépine, les baies d’aubépine et de camarine; les habitants des zones humides disposaient également du lys d’eau et de la châtaigne d’eau.

À Montclus, la couche d’habitat castelnovienne (vers – 5400) contenait des pépins de raisin, des graines de vesce et des feuilles d’amélanchier (aux baies comestibles). Au Mésolithique final, la présence, à la Baume de Fonbrégoua (Var), de nombreuses graines de légumineuses de grande taille – lentille ervilière, jarosse et vesce, auxquelles s’ajoutent la lentille, le pois, le pois chiche et la gesse à la Balma de l’Abeurador (Félines-Minervois, Aude) – indique probablement les prémices d’une proto-agriculture datant de la première moitié du VIIe millénaire.

6. Les Mésolithiques et la mort

La plupart des sépultures découvertes dans les abris occupés au Mésolithique ancien diffèrent peu, par la position du corps ou les dépôts qui l’accompagnent, de celles du Paléolithique supérieur; elles sont souvent associées à de l’ocre rouge, à des parures, exceptionnellement à des galets coloriés.

Sur la rive gauche du Mas-d’Azil, Piette a découvert, dans les couches aziliennes, les restes très incomplets de deux squelettes ocrés dans des fosses probablement creusées à partir des couches arisiennes. À Birsmatten, un squelette humain (– 6000), découvert par C. Lüdin en 1944, reposait sur le dos, les bras le long du corps et les pieds contre la paroi rocheuse. Un squelette inhumé dans le Castelnovien de Montclus (– 5000) était replié et couché sur le côté; sur cette sépulture reposait une grosse pierre verte peinte en rouge.

Certaines de ces sépultures comportent un appareillage de pierres, comme celle de l’abri-sous-roche de Colombres (Espagne), la seule sépulture asturienne connue, fouillée en 1926 par J. Carballo, dans laquelle le squelette, allongé sur le dos, était entouré de petites plaques en calcaire; dans l’axe du corps, contigu au crâne trépané, un cercle de pierres contenait trois pics asturiens. Le

dispositif peut être plus monumental, comme dans le gisement montadien de l’abri Cornille, daté du VIIe millénaire, où une des deux sépultures était entourée d’un caisson de pierres plates volumineuses plantées de chant.

Un aménagement semblable existait dans l’abri mésolithique de Roc del Migdia, en Catalogne (Vilanova de Sau, Osona). Ces appareillages «mégalithiques» constituent un fait nouveau dans le rituel funéraire; de même que le groupement des sépultures en nécropoles ; en effet, du Portugal à l’Oural, au Mésolithique récent, probablement en liaison avec un ralentissement du rythme des déplacements saisonniers, ou peut-être même avec la sédentarisation, apparaissent de véritables cimetières, groupant les sépultures de plusieurs dizaines d’individus.

À Moita do Sebastião, dans la basse vallée du Tage au Portugal, les amas coquilliers mugiens contenaient trente-quatre sépultures; un groupe d’inhumations de très jeunes enfants était un peu à l’écart des autres. Les corps, en flexion forcée, étaient parfois accompagnés d’ocre rouge ou de parures de coquilles; les treize sépultures du gisement de Cabeço da Arruda et les dix-sept de Cabeço da Amoreira témoignent des mêmes pratiques; les trois concheiros de Muge (Portugal) constituent, avec plus de deux cent trente inhumations, l’ensemble funéraire mésolithique le plus important actuellement connu en Europe.

Les amas coquilliers bretons de Téviec et Hoëdic (– 4600) étaient l’habitat des vivants et des morts; les neuf sépultures de Hoëdic avaient reçu quatorze corps; les dix sépultures de Téviec en contenaient vingt-trois; dans les deux cimetières, des tombes regroupaient adulte(s) et enfant(s); certaines contenaient quatre et même six corps, ensevelis successivement, souvent couverts de bois de cerf; les corps, en flexion forcée, parfois en position assise, étaient accompagnés d’ocre rouge, de parures de coquillages, d’outils (en particulier des lames à troncature) et de mâchoires de sanglier ou de cerf. À Téviec, dans plusieurs tombes, un amas de blocs de pierre recouvrait un foyer construit, lui-même édifié sur les corps. En Scandinavie, trois installations ertebolliennes sont associées à des nécropoles; en Suède méridionale, celle de Skateholm I (– 4300), comprend cinquante-trois sépultures; il y en a quinze dans celle, un peu plus ancienne, de Skateholm II; au Danemark, le site de Vedbaek Bogebakken (île de Sjaelland), vers – 4100, comporte les tombes de vingt-deux individus. Les corps allongés sont plus nombreux à Vedbaek, où il y a également deux incinérations et des indices de cannibalisme, alors que la position fléchie est de règle à Skateholm. Dans les trois cimetières, de l’ocre et des offrandes sont déposés dans les sépultures, comme dans les autres nécropoles mésolithiques (Muge, Oleni-Ostrov, etc.). À Skateholm II, un adulte était enterré dans un cercueil de bois avec une grande quantité d’ocre rouge et des outils, dont un harpon en bois de cerf, long de 24 centimètres, des haches émeulées et des polissoirs, une grande épingle en os (comme à Téviec) et quatre lames de silex; dans ces cimetières, sur quatre-vingt-dix inhumés, cinq portaient les traces d’une mort violente; deux d’entre eux avaient des armatures de flèches fichées dans les os. La présence de sept sépultures de chien à Skateholm I indique que cet animal jouissait d’un statut particulier.

Au cours du Mésolithique, des rapports nouveaux s’instaurent entre l’homme et la nature: l’amélioration des techniques de pêche, ces gestes magiques qui font brusquement surgir d’un milieu étranger des êtres invisibles, savoureux et patiemment désirés, l’apprivoisement du chien qui fait pénétrer l’animal comme ami dans la sphère domestique, où l’on apprend également les vertus du monde végétal, correspondent à une conception du monde autre que celle des chasseurs de rennes; cette différence trouve son expression dans un nouveau rapport avec l’Au-Delà, et l’on regroupe les morts en un village situé près du village des vivants; l’art, qui reflète le système de la pensée mésolithique, ne semble avoir retenu de vingt millénaires de fable animale que ses aspects les plus ésotériques; sauf au Levant espagnol, la silhouette se raidit, se schématise et disparaît au profit de notations abstraites: points, barres, hachures, parfois organisées en motifs géométriques complexes. Pour perpétuer cette culture, et malgré les contacts qui s’établissent au VIIe millénaire avec les Néolithiques bûcherons, pasteurs et agriculteurs, certains groupes mésolithiques choisiront, semble-t-il, de continuer jusqu’au IVe millénaire la chasse à l’arc dans les forêts d’Europe.

mésolithique [ mezɔlitik ] n. m. et adj.
• 1909; de méso- et -lithique
Géol., paléont. Période de la préhistoire (12 000-6 000 av. J.-C.) caractérisée par le début de l'économie productive. Adj. L'industrie mésolithique.

mésolithique nom masculin Période de la préhistoire caractérisée par le début de l'économie productive. ● mésolithique adjectif Relatif à cette période.

mésolithique
adj. et n. m. PREHIST Se dit de la période préhistorique intermédiaire entre l'épipaléolithique et le néolithique.
|| n. m. Le mésolithique (v. 10000 - v. 5000 av. J.-C.) marque les débuts de la sédentarisation agricole.

mésolithique [mezolitik] n. m. et adj.
ÉTYM. 1909; de méso-, et -lithique.
Didact. Vx. La période moyenne de l'âge de pierre, entre le paléolithique et le néolithique (−12000 à 6000).Adj. || Les temps mésolithiques. || L'outillage mésolithique ( Azilien).
Mod. Stade culturel d'un groupe humain dont certaines innovations annoncent le néolithique.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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